Tchad

Exclusif: Crises économiques et politiques menacent l’Afrique centrale

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Les pays francophones d’Afrique centrale sont tous confrontés à une grave crise économique, qui se double de tensions politiques d’une ampleur inédite, faisant de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac), dont ils sont membres, la région la plus instable du continent. Au Tchad, les fonctionnaires n’en reviennent toujours pas : le gouvernement a décidé, en janvier, de baisser leurs salaires de 10 % à 40 % selon les catégories. « Les agents de santé, d’éducation et des services des finances sont les plus affectés par cette mesure », explique à Mediapart Younous Mahadjir, vice-président de l’Union des syndicats du Tchad (UST), principale centrale syndicale. C’est la première fois que les autorités appliquent une telle décision. Leur objectif : faire des économies. Car les finances du Tchad, dont la population est l’une des plus pauvres du monde, sont dans un état catastrophique depuis 2014, année de la chute des cours mondiaux du pétrole dont le pays est très dépendant. La mise en œuvre d’une première série de mesures d’austérité n’a pas suffi à améliorer la situation, d’autant plus que le prix du baril n’est pas suffisamment remonté au cours de ces trois dernières années. En 2016, la croissance a été négative (– 6,4 %). Acculé, le gouvernement, qui a eu aussi à consacrer une part importante du budget de l’État à la lutte contre le groupe armé Boko Haram, a été contraint en juin 2017 de signer un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt de 255 millions d’euros sur trois ans. L’institution financière a accepté de lui verser immédiatement une partie de cette somme. Mais elle a posé depuis des conditions pour procéder à un second décaissement : elle a demandé à N’Djamena de réduire davantage ses dépenses publiques, d’où la baisse des salaires. Le FMI a également exigé que

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l’État s’acquitte d’une dette colossale d’1,3 milliard d’euros, contractée en 2014 auprès de Glencore, géant suisse du négoce de matières premières. Cet emprunt, très mal négocié, a servi à augmenter la part de la Société des hydrocarbures du Tchad(SHT) dans le capital du consortium qui exploite le principal champ pétrolifère du pays. Il devait être remboursé en barils de brut. Mais entretemps, la crise est passée par là : l’État n’a plus les moyens de payer, à moins de se priver de toutes les ressources du pétrole. Après sept mois de négociations, Glencore et le gouvernement, sur lequel la pression était maximale, ont fini par trouver un accord, ce 21 février, pour un rééchelonnement de cette dette. Mais la baisse des salaires a déjà des répercussions négatives sur l’économie nationale : « En réduisant le pouvoir d’achat des fonctionnaires, on réduit l’activité économique et donc les recettes », souligne Younous Mahadjir. Les tensions sociales sont par conséquent de plus en plus fortes : les agents de la fonction publique ont entamé début février une grève générale « illimitée ». Pour manifester leur solidarité, les employés du secteur privé ont aussi cessé le travail le 5 février. Des manifestations ont par ailleurs été réprimées violemment, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées. Si le cas du Tchad est particulièrement grave, il n’est pas isolé : les autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac), qui repose sur l’utilisation du franc CFA, soit le Cameroun, la Centrafrique, la République du Congo, le Gabon et la Guinée-Équatoriale, connaissent eux aussi de sérieuses difficultés. Tous, excepté la République centrafricaine (RCA), sont des producteurs de pétrole et ont, par conséquent, été ébranlés par la baisse des prix. Plusieurs d’entre eux souffrent aussi d’une diminution de leur production et de détournements de fonds publics gigantesques. Le Congo, par exemple, est en récession depuis deux ans, avec un taux de croissance de – 4,6 % en 2017, et le niveau de sa dette a explosé : elle tournerait autour de 110 % du PIB. Les performances de la GuinéeÉquatoriale sont également mauvaises : le taux de

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croissance a été de – 7,4 % en 2015, – 9,9 % en 2016, – 5,7 % en 2017 et devrait être de – 5 % en 2018. Au Gabon, la croissance n’a été que de 0,8 % en 2017. Le Cameroun, pays le plus important de la zone, s’en sort mieux grâce à la structure, plus diversifiée, de son économie. Comme le Tchad, le Gabon et la RCA, il a quand même dû, après de fortes pressions exercées par la France, solliciter le FMI pour obtenir un crédit. En échange de cette avance, il va devoir compresser et réorganiser ses dépenses publiques. La Guinée-Équatoriale et le Congo sont quant à eux toujours en discussion avec l’institution financière internationale. Toutefois, Brazzaville a déjà décidé, début février, de démanteler deux entreprises publiques, la Société nationale d’électricité (SNE) et la Société nationale de distribution d’eau (SNDE), pour répondre aux exigences du FMI qui lui réclame des « réformes fortes et immédiates ». Pour un économiste de la région, l’implication du FMI avec ses recettes libérales est loin d’être une bonne nouvelle. « On parle de “plans de relance économique” à propos des accords qui sont en train d’être passés avec le FMI. Pourtant, il s’agit de politiques d’austérité : on serre la dépense publique pour rembourser la dette. C’est donc l’exact contraire de ce que devraient être des programmes de relance. Mais on a trouvé un langage soft pour mieux faire passer la pilule. » Il affirme que le retour du FMI en zone Cémac n’est rien d’autre qu’une reprise en main de la région par les Occidentaux : « La gravité de la situation a permis de créer un climat et une stratégie propices pour écarter la Chine, puisque lorsqu’un pays conclut un accord avec le FMI, il lui est interdit d’emprunter auprès d’elle. » Ces dernières années, le Congo, en particulier, a obtenu de nombreux crédits de Pékin. Comme au Tchad, la crise économique se double dans chaque État de troubles sociaux et politiques ou de problèmes sécuritaires aigus, faisant aujourd’hui de la Cémac la région la plus instable du continent. Le Gabon est ainsi le théâtre de grèves à répétition et souffre d’un climat politique délétère depuis la réélection contestée d’Ali Bongo Ondimba, en 2016.

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Au Cameroun, les forces de sécurité affrontent depuis plusieurs semaines des séparatistes armés dans l’Ouest et Boko Haram dans le Nord. L’armée congolaise a fait de son côté, pendant de longs mois, la guerre dans le département du Pool contre des rebelles s’opposant à la réélection de Denis Sassou-Nguesso, en avril 2016. Le conflit a obligé des milliers de personnes à se déplacer. Un accord de cessez-le-feu a été conclu fin 2017, mais la situation reste très fragile, des pourparlers sont toujours en cours. Par ailleurs, deux généraux, dont un a été arrêté en janvier, sont accusés d’avoir projeté un putsch. En Guinée-Équatoriale, ce n’est pas mieux : la fin de l’année 2017 a été marquée par une tentative de coup d’État impliquant des mercenaires venus des pays voisins et le pouvoir a procédé à de nombreuses arrestations. Quant à la RCA, en crise chronique depuis trente ans, elle est en pleine déliquescence : une douzaine de groupes armés contrôlent plus de 80 % du territoire. À plusieurs égards, ces événements rappellent ceux de la fin des années 1980 et du début des années 1990. À cette époque, la Cémac avait connu une crise sans précédent, après vingt années de croissance continue. En cause là aussi, la chute des cours des matières premières, aggravée par une gestion peu rigoureuse. Étranglés financièrement, les États avaient dû se tourner vers le FMI : ils s’étaient vu imposer des “plans d’ajustement structurel” qui avaient consisté à sacrifier leurs services publics et avaient détruit davantage le tissu social et économique.Tous avaient dû, par exemple, réduire de manière drastique le nombre de leurs fonctionnaires. Le Cameroun s’était distingué en gardant intacts ses effectifs, mais en baissant le niveau des salaires : certaines catégories de travailleurs avaient vu leur traitement chuter de 70 % du jour au lendemain. Les Camerounais, qui avaient dans la foulée subi la dévaluation du franc CFA de 1994, ne s’en sont jamais remis. Comme ses voisins, le pays avait dû aussi se séparer de nombreuses entreprises nationales, cédées souvent à bas prix à des intérêts français.

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Des bouleversements politiques, alimentés par cette débâcle économique et les effets de la chute du mur de Berlin, avaient également marqué cette période. De vastes mouvements de contestation populaire s’étaient constitués, demandant le retour au multipartisme. La ville portuaire de Douala, fief de l’opposition camerounaise, avait par exemple connu une grève générale pendant sept mois. Affaiblis, les pouvoirs en place avaient dû lâcher du lest. Plusieurs chefs d’État n’avaient pu se maintenir que grâce à l’intervention de l’ancienne puissance coloniale, la France, dont les intérêts dans la région sont énormes – en particulier dans le pétrole. En 1990, l’armée française était ainsi intervenue au Gabon alors que des manifestations contre le président Omar Bongo secouaient le pays. Paris avait en outre fourni une aide financière importante au Cameroun, qui avait permis à Paul Biya de garder le contrôle du jeu politique. D’autres dirigeants, lâchés par la France, avaient au contraire été poussés vers la sortie, comme le Tchadien Hissène Habré, renversé en 1990 par Idriss Déby, à la tête d’une rébellion armée. Au Congo, où la politique d’austérité du FMI avait déclenché de nombreuses grèves, Denis SassouNguesso, arrivé au pouvoir après un coup d’État en 1979, avait dû laisser en 1992 le fauteuil présidentiel à l’issue d’une conférence nationale et d’une élection présidentielle – il est revenu à la tête de l’État en 1997 après un début de guerre civile. Par la suite, il y a eu dans tous les pays une restauration autoritaire, rendue possible par la rente pétrolière. Si bien que, aujourd’hui, la zone Cémac est une région “à part” sur le continent : contrairement aux pays francophones d’Afrique de l’Ouest, moins riches, il n’y a eu aucun renouvellement politique, aucune alternance – sauf en RCA. Au Cameroun, au Congo, en Guinée-Équatoriale, au Tchad, les dirigeants du début des années 1990 sont toujours là, tandis qu’au Gabon Ali Bongo Ondimba a succédé à son père. C’est ce qui explique d’ailleurs, en partie, l’actuelle crise de la dette. Les acteurs n’ayant pas changé, les pratiques

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sont restées les mêmes : les dirigeants ont continué à faire de mauvais choix économiques, sans tirer les leçons du passé. Cet immobilisme au sommet des États rend la situation plus inquiétante encore que celle qui prévalait il y a trente ans : non seulement les systèmes économiques sont sinistrés, mais les régimes politiques semblent complètement à bout de souffle. Partout se pose, avec de plus en plus d’acuité, la question de la “succession”. Elle est justifiée par au moins un critère : celui de l’âge des présidents concernés. Paul Biya a 85 ans, Teodoro Obiang Nguema en a 76, Denis Sassou-Nguesso 75, Idriss Déby 65. Une partie des troubles sécuritaires que l’on observe aujourd’hui, dont la tentative de coup d’État en Guinée-Équatoriale, sont d’ailleurs directement liés à cette problématique de la succession, qui suscite des batailles de positionnement de plus en plus féroces au sein des partis et des familles au pouvoir : il y a « beaucoup de divisions, comme si tout le monde se disait qu’on est à un moment de transition », relève un cadre d’une institution internationale, spécialiste de la région. Cet analyste politique ajoute : « Au début des années 1990, les gouvernements avaient malgré tout une certaine maîtrise des événements. Les systèmes étaient robustes et on avait des gens qui savaient tirer les ficelles. Aujourd’hui, c’est l’incertitude totale. Personne ne peut dire où on en sera dans six mois ou un an au Gabon, au Congo, au Cameroun… Dans chacun de ces pays, on n’en est plus à se demander s’il y aura des violences ou non au moment des élections, mais plutôt quelle sera l’intensité de ces violences. Le maître mot, c’est vraiment : l’in-cer-ti-tu-de. » La faiblesse de l’offre politique du côté des oppositions fait partie du problème : elles n’ont plus de leader charismatique et ne donnent pas vraiment l’impression d’avoir davantage le sens de l’État que les actuels gouvernants. La “communauté internationale”, elle, ne semble pas prendre la mesure de la gravité de la situation. « Pour elle, c’est “business as usual” », commente avec amertume l’analyste cité plus haut.

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« Le monde dépense beaucoup plus d’énergie et de ressources pour gérer les crises que les prévenir. L’Onu doit défendre un engagement stratégique en faveur d’une “culture de la prévention” », a pourtant déclaré António Guterres, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, fin janvier devant l’Union africaine. Un an plus tôt, il avait appelé le Conseil de sécurité à un sursaut : « Quelles qu’en soient les causes, l’incapacité des institutions régionales et internationales, y compris les nôtres, à prévenir et à résoudre les conflits porte gravement atteinte à leur crédibilité et rend plus difficile leur réussite à l’avenir.» Évidemment, lorsqu’une situation chaotique s’installe, tout n’est pas perdu pour tout le monde : en RCA, des groupes mafieux, de diverses origines, prospèrent autour de l’exploitation illégale des ressources minières du pays.

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PAR FANNY PIGEAUD

ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 27 FÉVRIER 2018

Madiapart

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